21 novembre 2009
Les funérailles de mon grand-père, 5
Le lendemain matin, j’ai fait une petite promenade près de chez nous et j’ai vu un tombeau à peine dressé. Etait-ce celui de mon grand-père ?
Je suis allée chercher maman et l’ai retrouvée au bord de la rivière. Je lui ai posé la question. Maman m’a répondu : « Oui, on l’a dressé cette nuit.» « Pourquoi on a mis un tronçon de bambou là-dessus ? » « Ca, je ne sais pas, c’est les ancêtres qui l’ont créé. » « Maman, tu sais pourquoi tu as été une des pires élèves de la classe alors que ta fille, moi, j’ai été toujours la meilleure et que je suis devenue professeur ? Parce que j’aime demander pourquoi alors que toi non.» A ces mots, maman m’a dit : « Viens travailler avec moi dans le champs ! »
Elle m’a habillée avec son tablier et son chapeau de paille. Elle m’a emmenée dans le champs tout près du tombeau du grand-père. Elle ne m’a pas permis de retrousser les manches pour abriter mes bras du soleil. « Oh, ce n’est pas grave ! On n’est pas en été ! »
Une demi-heure après, maman m’a demandé si j’avais de la sueur. « Oui, un peu ». « Arrête de travailler, sinon, tu vas prendre le froid. Tu sais, tous les voisins vont parler de toi. Il vont dire que tu as travaillé dans le champs, que tu n’as pas oublié la vie du village, que tu es une bonne fille. » « Maman, tu aurais dû adhérer au parti et pu être une magnifique propagandiste ! »
Nous sommes rentrées ensemble à la maison, mère et fille, en passant par le tombeau du grand-père.
(FIN)
20 novembre 2009
Les funérailles de mon grand-père, 4
A trois heures de l’après-midi, un cortège constitué de sept voitures a roulé lentement vers le funérarium. Il s’est arrêté de temps en temps pour recevoir l’hommage qu’ont rendu à mon grand-père les proches qui habitaient entre chez mon oncle et le funérarium. On avait mis des fruits et des gâteaux sur une tablette et lorsque le cortège est arrivé, on a mis un feu près de la tablette et les fils sont descendus de la voiture : ils se sont agenouillés pour exprimer leurs remerciements.
Les employés du funérarium ont conduit le cercueil dans une salle où se répandait la musique funéraire. L’un d’eux y est resté pour organiser les funérailles officiels. Il nous a fait tenir debout autour du cercueil et a lu à haute voix sur un papier : « Monsieur CAO Changdao est né en 1921...On le souhaite une bonne route vers le ciel !» d’un ton professionnellement triste. On s’est déroulés lentement sous son ordre autour du cercueil pour regarder la dernière fois le cadavre qui était en fait complètement enveloppé dans une couverture...La musique a disparu. Le monsieur a changé de ton et expliqué qu’il y avait trois prix pour les salves d’avant et d’après la crémation : « Vous discutez et me dites quel prix vous avez choisi. » Finalement, mes oncles ont décidé d’offrir une salve de 21 coups de canon à leur père, qui n’était ni la plus ni la moins chère : 9 euros plus 2, soit 18 euros.
Une employé nous a attendus dehors. Elle a tenu une micro dans la main et dit : « La famille de CAO Changdao, venez ici ! » Ensuite, un discours prononcé d’un ton si professionnellement triste, presque comique. Des coups de canons. Après, une longue attente de l’urne de mon grand-père. En attendant, les autres cortèges sont entrés l’un après l’autre au funérarium : une dame de 73 ans, morte d’un cancer, « elle a des filles qui savent pleurer(en chantant, comme ce qu’a fait la chanteuse ) », a commenté maman en voyant les deux femmes qui criaient près du cercueil; un jeune homme de 35 ans, mort d’un accident de la route, « quel pauvre petit garçon », a déploré maman en voyant son fils tenant sa photo à la main...
On est revenus au crépuscule chez mon oncle. Mais l’affaire n’était pas encore finie. On est allés le long du chemin du matin vers le champs. Le chef de la cérémonie a apporté à l’endroit où il avait brûlé les objets de mon grand-père une « maison » faite de roseaux et de papier et peinte avec de jolies motifs. Un autre feu. Cette fois-ci, c’était pour brûler la « maison » et des « monnaies » aussi. Soudain j’ai compris pourquoi on brûlait les objets du mort : c’était pour qu’il continue à les utiliser dans le monde des esprits.
Les jeunes, moi par exemple, ont pensé tous que c’était fini, les funérailles, mais non ! Maman m’a dit qu’il fallait encore enterrer l’urne. « Mais toi, tu peux rentrer dormir. » « Non, je veux rester avec vous, je veux voir comment se passera l’enterrement. Je n’en ai jamais vu un ! » « Ce sera probablement fait après minuit. Tu ne tiendras pas. » « Tu verras. » L’urne du grand-père serait enterré derrière la maison où il avait vécu pendant quelques dizaines d’années, dans le champs du quatrième oncle, près de chez mes parents
J’ai pris le dîner. Après avoir jeté un coup d’oeil à la maison de mon oncle qui se situait au bord de la rivière, je suis rentrée à pied chez mes parents. Voilà la nuit de la campagne que j’avais presque oubliée. La vraie nuit : lourdement noire, fascinante comme il y avait mille dangers et mille mystères qui se cachaient derrière cette noirceur.
Maman m’a demandé de dormir chez une voisine parce qu’elle pensait que cela me ferait peur de rester toute seul à la maison. Je ne l’ai pas écoutée, bien sûr, mais je dois avouer que j’avais un peu peur quand j’ai tourné la clé.
Je me suis réveillée. J’ai allumé les lumières : c’était deux heures moins le quart. J’ai entendu la voix de maman...et de papa. Ils sont rentrés. Et très vite je me suis rendormie.
Les funérailles de mon grand-père, 3
On est revenus à la maison. Rien à faire pour le moment. J’ai bavardé avec mes cousines dont l’une a mentionné les deux soeurs de notre grand-père. « Ah bon, il a des soeurs ! » Je ne l’avais pas su ou plutôt je l’avais oublié. Et toutes les deux étaient en vie dont l’une avait dépassé 90 ans. On ne savait pas quel âge avait-elle exactement, peut-être plus de 100 ans. Bizarre, une personne de 100 ans qui existait et que je ne voyais pas, c’était comme un fantôme.
J’ai vu maman bavarder avec la femme de son frère, chef cuisinier des funérailles de mon grand-père. Elle a expliqué à cette dernière que mon oncle aurait pu obtenir un petit somme d’argent collecté près du feu dans le champs : tout le monde de la file aurait dû jeter une ou des pièces de monnaie dans un pot au moment de quitter le feu. C’est de la tradition et selon les coutumes, ce petit somme d’argent est réservé au chef cuisinier. Mais comme celui à la tête de la file des membres de la famille, c’était le petit-fils aîné de mon grand-père(qui remplaçait son père mort) et que ce jeune homme de 40 ans qui venait du nord de la province connaissait peu de choses de nos coutumes du sud, il ne l’a pas fait et tout le monde ne l’a pas fait non plus. Mais pourquoi cette tradition de jeter des pièces de monnaie ? Maman ne le savait pas. Elle m’a répondu tout simplement : « C’est transmis depuis l’antiquité. »
Le banquet de midi a commencé. « Comment ?! » Je n’ai pas pu croire à mes yeux : la chanteuse qui avait chanté devant le cercueil était en train d’animer une soirée(préparée pour le banquet du soir, mais comme on était dans une énorme famille, il n’y aurait pas suffisamment de place pour le groupe de théâtre au soir où tous les invités viendraient, la soirée a été transposée à midi) ! J’ai entendu des chansons populaires d’amour, vu une danse ouïgour, une magie...Il y avait un peu de tout pour une soirée. Depuis quand ça était à la mode? Je me rappelle que dans mon enfance, c’était les chants et les danses offerts par les moines professionnels (qui mangent de la viande et se marient). Très beau. Il y avait de quoi emmener une enfant dans le monde d’art. Et ce jour-là, les moines avaient l’air las. Ils ont récité des canons bouddhiques mais ça a duré peu de temps. Ils regardaient la représentation du groupe de théâtre, comme tout le monde. Des rires, de temps en temps.
Je m’ennuyais.
J’ai choisi par hasard un banc pour m’asseoir et je me suis rendue compte que j’était devant le cercueil, toute seule. Je l’ai regardé. J’ai senti quelque chose dans mes yeux. J’ai entendu la voix de maman : « Qu’est-ce qu’il y a ? » Je ne lui ai pas répondu. Elle a répété d’un ton inquiet : « Mais qu’est-ce qu’il y a ? » J’ai indiqué de mon index le cercueil qui s’est noyé dans mon regard mouillé. Alors elle s’est assise à côté de moi et elle n’a plus rien dit.
19 novembre 2009
Les funérailles de mon grand-père, 2
Maman m’a emmenée chez mon deuxième grand oncle où avait lieu les funérailles. Il n’y avait pas encore beaucoup de monde ; seulement des proches et des voisins qui sont venus donner un coup de main. Tout le monde souriait en me voyant(puisque je n’étais pas dans la famille pour la plupart du temps et que, apparemment, la mort de mon grand-père n’a suscité la douleur à personne. ) J’ai vu pour la première fois de ma vie la fille de mon grand oncle, soit ma plus grande cousine qui était de 42 ans. Etrange : j’avais pensé qu’elle était une femme laide et rigide à cause de la prononciation d’un des mots de son prénom (Qiu, dans le dialecte de mon village, peut caractériser quelqu’un qui se met en colère sans raison), mais en fait, elle était tellement joyeuse ! Et belle de plus, au moins à mes yeux. Elle a vu ma photo et m’a reconnue avec plaisir. Quand je lui ai dit : « Je ne t’ai jamais vue pendant ma vie de 24 ans », elle a ri : « Mais tu sais, ton cousin Guang et moi, nous ne nous sommes pas revus depuis 35 ans ! » Voilà que les funérailles de notre grand-père sont devenues la fête de nos rencontres et retrouvailles.
Les funérailles ont commencé vers midi. Un monsieur âgé organisait la cérémonie en donnant ses ordres. Maman m’a dit qu’on lui avait payé 30 euros pour la journée puisque les jeunes comme mon papa ne savaient pas comment faire. D’abord, il nous a fait habiller. Fils, belles-filles, filles, beaux-fils ont mis chacun une cape, un chapeau et des chaussettes faits de la toile blanche de chanvre(dans la tradition chinoise, la couleur blanche c’est pour les funérailles alors que la couleur rouge, pour les mariages), des chaussures de pailles ( chaussettes et chaussures réservées aux fils ) et une canne de bamboo. Petits-fils, petites-filles, neveux, nièces, un chapeau. Ensuite, la chanteuse est venue chanter de la part de mes trois tantes et leur mari. On lui avait écrit par avance la parole dont le contenu était les souvenirs sur mon grand-père et les remerciement de ses enfants( cela m’a fait penser à Colomba de Mérimée qui chanta pour les funérailles ). Les gens en écoutaient attentivement alors que les membres de la famille sont venues l’une après l’autre devant le cercueil et s’y sont agenouillés pour frapper trois fois le sol du front. Après le chant, la famille se déroulait autour du cercueil pour regarder le mort. Je n’ai pas reconnu le visage déformé de grand-père : comment il avait maigri jusqu’à un tel point en quelques mois ? En sortant de la salle où se situait le cercueil, maman m’a demandé de préparer une pièce de monnaie. Et puis, la file a avancé vers un champs à la tête du chef de la cérémonie.
(J'ai pris en cachette quelques photos; que Dieu me pardonne si j'ai dérangé la paix d'un esprit )
Il a brûlé les paquets qui contenaient les objets du mort. J’ai eu un coeur serré lorsque j’ai vu un coin ouvert d’un de ces paquets : c’était une chemise de mon grand-père que je l’avais vu porter souvent pendant cet été. On se tenait debout en silence avec la tête baissée sous l'ordre du chef devant le feu qui effaçait les traces d’un être vivant sur la terre...
14 novembre 2009
Les funérailles de mon grand-père, 1
uitLe bus m’a jetée au périphérique de la ville de Nantong. Il était cinq heures du matin. Un taxi attendait. J’y suis montée et ai dit au chauffeur de me conduire à la gare routière. Lui, il avait un accent marqué de Nantong. Il m’a demandé où j’allais. « Rudong »(Vers l’Est, nom de mon district ). A ces mots, il a changé d’accent et m’a dit : « Moi, je suis du Shigang ! » Les deux districts dont nous sommes issus sont proches. Il faisait encore nuit. Pas de piétons et peu de véhicules dans la rue, comme toutes les petites villes à cette heure-là. J’avais de la malaise derrière cet homme inconnu, dans le noir, qui m’a posé sans cesse des questions sur ma vie. Il a parlé de sa vie, de son fils surtout, un garçon quelques ans plus jeune que moi, étudiant de première année en gestion d’hôtels dans une petite ville près de Nankin. Le père avait pensé au débouché de l’étudiant : « On n’aura pas beaucoup de problèmes dans la recherche d’emploi. On connaît quelqu’un à la préfecture. »
A six heures du matin, le premier bus qui roulait à la campagne de mon district a démarré. Deux heures plus tard, j’en suis descendue et j’ai vu maman m’attendant au bord de la rue, toute souriante.
12 novembre 2009
Il neige!
Ce matin, quand j'ai ouvert la porte...ah!
J'ai décidé donc d'aller au musée.
Hier soir, j'avais lu un livre intéressant sur l'art antique chinois où l'auteur parlait des pierres gravées des caveaux funéraires. Il disait: "c'est dans le Shandong et dans le Sichuan qu'on en trouve le plus". Je me suis dit: "Mais je suis dans le Shandong, moi!"
Il tombe bien qu'il neige aujourd'hui. C'est le temps idéal pour visiter un musée.
En passant par le campus, je me suis émerveillée par la beauté de la cathédrale. Un de mes rêves adolescents, c'est de me trouver par la neige devant une cathédrale à Mosco. Maintenant je le désire moins car je l'ai en moité réalisé. La vie est miraculeuse. Jai entendu sonner la cathédrale!
Dès que je suis entrée dans le musée, j'ai su que j'avais fait une très bonne décision: personne, personne sauf moi devant ces pierres antiques datant de la dynastie des Han(202 av.J.-C. - 220 ap. J.-C.). Je préfère, en général, les objets anciens d'avant le 17e siècle. Plus c'est ancien, plus on montre une belle imagination et une fraîcheur ravissante. Un exemple:
L'animal à neuf têtes. C'est mignon!
Aux quatre coins de la ville, on vend les patates douces en hiver. Quel réconfort pour moi de voir ce monsieur quand je suis sortie du musée sans manger à midi!
10 novembre 2009
" C'est interdit ! "
J’ai demandé aux étudiants de quatrième année de me remettre chacun une création littéraire en fin de semestre. Pas de limite de mots ; tout genre littéraire est permis. Alors l’un d’entre eux m’a posé une question en souriant :
« Puis-je écrire une chose dadaïste ? »
« Ah non, c’est interdit ! »
Une autre étudiante :
« Oh professeur, tu nous as libéré l’esprit et maintenant tu nous dis : c’est interdit ! »
Et bien...
02 novembre 2009
Mon grand-père est mort
Ce soir, mon grand-père est mort. Il n’y a aucune intimité entre lui et moi, pourtant, je suis triste. Devant la mort, chacun son tour, d’abord c’est nos grands-parents, et puis nos père et mère, enfin nous-même. Sans doute c’est en pensant à la mort qui s’approche de mes parents que j’ai pleuré. Les funérailles auront lieu mercredi midi. Je prendrai le bus demain soir pour revenir au village. Le voyage durera 12 heures. Ce ne sera pas facile... Maman m’a demandé au téléphone : « Habille-toi sérieusement ; il y aura une soixantaine de tables de personnes ! » Huit par table, soit 450 personnes environs pour le banquet des funérailles de mon grand-père. C’est fou. Mais ça me fera plaisir de quitter pour un moment la ville et si c'est possible de voir Yi à Nankin.
31 octobre 2009
Je suis débutante du Meihuazhuang!
(Portrait de Yan Zijie)
Je suis allée faire la course à cinq heures de l’après-midi et j’ai rencontré, dans un coin du terrain de sports, dix ou sept étudiants qui pratiquaient le Meihuazhuang(la boxe en fleur de prunier,un art martial traditionnel chinois). Après quleques minutes de conversation avec un des garçons du groupe, je suis devenue membre de l’association du Meihuazhuang de l’Université du Shandong où a travaillé dans les années 80 et 90 professeur de mathématiques Yan Zijie, maître du Meihuazhuang de la 17ème génération, qui avait vécu pendant 18 ans à Tibet en tant que présentateur météo avant de venir à notre université. Le garçon m’a enseigné les cinq postures de base et m’a dit : « L’essentiel de pratiquer le Meihuazhuang, c’est de redevenir enfant. Tu vois les enfants, quoi qu’ils rencontrent, ils peuvent bien dormir la nuit et recommencer un autre jour avec bonheur »(ces mots me font penser aux éloges que fait Laozi sur les bébés), « maintenant tu es toute seule sous le ciel, tu oublies tout et le monde est à toi. » L’excercice a donné effet très vite à mon corps : j’avais de la sueur. Je pense que je vais le pratiquer régulièrement d’abord pour ma santé et aussi pour connaître des gens. Ah je suis un peu seule ici.
Pour info :
La grande fille de professeur Yan Zijie enseigne le Meihuazhuang en France. Voici l’adresse du site de l’Accociation Européenne de Mei Hua Zhuang
Ici un petit vidéo de la représentation du Meihuazhuang faite par quelques étudiants de mon université, disciples du maître Yan Zijie:
http://v.youku.com/v_show/id_XMzMxMDE0MDA=.html
28 octobre 2009
Le vieux quartier de Jinan- les sources
J'étais morte de bonheur au cours de la promenade dans ce quartier. Qui peut imaginer qu'àJinan, ville de poussières et de bruits, il existe un coin si tranquille où les gens...
nagent au lever du soleil dans un étang de sources entourée par leurs maisons!
Oui, Jinan est surnommé"ville de sources". Il existe une centaines de sources à la ville qui coulent le long des canaux pour converger dans la douve.
Les riverains en profite pour vivre une vie propre et douce.
Un monsieur qui prend de la source.
Une dame qui fait la lessive.
Une jeune homme qui se lave des cheveux.
J'ai commencé à aimer cette ville, je crois.

















